790 NO POP-CORN LAST NIGHT

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NO POP-CORN LAST NIGHT
Chroniques cinéma par Franck Finance-Madureira
Sorties en salles | 25.12.2014 - 10 h 56 | 0 COMMENTAIRES
Cinéma 2014 : Mon top 10

1- Et Maintenant ? (E Agora? Lembra-me) de Joaquim Pinto

Joaquim Pinto, figure du cinéma portugais, acteur, réalisateur et ingénieur du son qui a notamment travaillé avec André Téchiné réalise un journal intime foisonnant. Co-infecté par le VIH et l’hépatite C, il prend du recul sur sa vie, sur la vie alors qu’il s’est installé à la campagne avec son compagnon Nuno. Démonstration fulgurantes des correspondances entre l’intime et l’universel, ce film atypique est une pure merveille d’intelligence et de sensibilité.

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 2- Saint-Laurent de Bertrand Bonello

Sublime évocation d’YSL par le plus atmosphérique des réalisateurs français. Ulliel au top !

3-Gone Girl de David Fincher

Fincher et ses obsessions high-tech s’intéresse au couple et à ses mystères. Une fois de plus une grande réussite.

4-The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson

Une Europe fantasmée, un casting plein de surprises pour un nouveau « conte d’Anderson ».

5-Mommy de Xavier Dolan

L’éternel petit prodige québécois sort le grand jeu avec un mélo « grand 8 » qui nous remue dans tous les sens, nous fait rire, pleurer. Il offre à ses deux comédiennes fétiches, Anne Dorval et Suzanne Clément, leurs meilleurs rôles.

6-Bande de Filles de Céline Sciamma

La plus talentueuse des réalisatrices françaises affirme son style avec un film qu’elle décrit comme « féminin et féministe ». On pourrait croire que Rihanna a composé « Diamonds » spécialement pour le film : la séquence culte de l’année !

7-Timbuktu d’Abderrahmane Sissako

Une évocation du drame de l’islamisation de l’Afrique sub-saharienne aussi puissante que belle.

8-Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée

Un sujet casse-gueule et méconnu traité avec force grâce à l’interprétation exceptionnelle de Matthew McConaughey.

9-Gerontophilia de Bruce LaBruce

Bruce LaBruce nous prouve qu’il parvient à être presque plus subversif quand il travaille sur une forme classique et explose de la plus belle façon les codes de la romcom à l’américaine. Réjouissant !

10-Eden de Mia Hansen-Løve

Film générationnel qui ne se la joue pas, Eden nous replonge dans l’ambiance d’une époque par petites touches impressionnistes et justes. Coup de cœur nostalgique !

Si mon top 10 était un top 15, on y aurait retrouvé entre autres : Party Girl, Pride, Maps to the stars

Sorties en salles | 29.11.2013 - 12 h 00 | 1 COMMENTAIRES
MON TOP 10 « CINEMA 2013 »

Comme chaque année, début décembre est l’heure des bilans.

Voilà mon top 10, mes plus belles émotions de cinéma pour cette année incroyablement riche, notamment dans le registre des histoires LGBT. En toute subjectivité …

L'inconnu-du-lac

 

 

 

 

1- L’INCONNU DU LAC d’Alain Guiraudie

Prix de la mise en scène « Un certain regard » et Queer Palm au dernier festival de Cannes, c’est le grand film de l’année. Solaire, oppressant, angoissant et drôle, un film dont la tension ne vous lâche jamais. Chef d’œuvre !

2- NO de Pablo Larrain

Le référendum de Pinochet au Chili vu par la lorgnette d’un jeune pubard idéaliste. Vraie réussite, un des très beaux films politiques de l’année.

3 – LINCOLN de Steven Spielberg

Film bavard (au bon sens du terme !) et intelligent, acteurs impressionnants et grande sobriété de mise en scène. L’autre grand film politique de 2013.

4 – SPRING BREAKERS de Harmony Korine

Le spring break vu par Harmony Korine, c’est vraiment mieux que quand c’est Bernard de La Villardière qui s’y colle : c’est pop, c’est fluo, ça part dans tous les sens et puis James Franco …

5- LA VIE D’ADELE d’Abdellatif Kechiche

Malgré quelques réserves, la palme d’or 2013 est un film magnifique sur la passion amoureuse et le passage d’une jeune fille à l’âge adulte avec deux actrices qui (se) donnent comme rarement.

6 – DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino

Le mix western / Tarantino prend admirablement bien. Un vrai feel good movie, un réalisateur au top de sa passion pour le cinéma. Un régal.

7 – LA DERNIERE FOIS QUE J’AI VU MACAO de João Pedro Rodrigues et de João Rui Guerra da Mata

Errances dans Macao, souvenirs diffus et images sublimes. Un des plus belles réussites formelles de l’année. Un film d’une beauté spectrale et une évocation sensible d’un cinéma de genre hollywoodien version « Saudade ».

8 – THE LUNCHBOX de Ritsh Batra

Le film indien de l’année : une histoire qui mêle gastronomie, quotidienneté, sentiments de délaissement et la folie de la ville de Bombay (à découvrir en salles le 11 décembre).

9- INTERIOR. LEATHER BAR de James Franco et Travis Mathews

Une très intelligente variation autour des limites du sexe au cinéma (un des grands sujets de l’année). Un docu-menteur foutraque et porno, un pas de côté par rapport au cinéma traditionnel et une évocation moderne du mythique « Cruising » de William Friedkin. Et puis James Franco …

10- Ex aequo

AFTER de Géraldine Maillet

LES GARCONS ET GUILLAUME A TABLE de Guillaume Gallienne

Le premier est un film passé un peu inaperçu et c’est dommage car c’est la très belle histoire d’une nuit avec deux acteurs magnifiques : Raphaël Personnaz et Julie Gayet. Le second est en passe de devenir un très grand succès public, c’est bien le film le plus drôle de l’année avec un Guillaume Gallienne incroyable de sincérité.

 

Sorties en salles | 10.01.2013 - 12 h 52 | 0 COMMENTAIRES
LE MONDE DE CHARLIE : UN TEEN-MOVIE SENSIBLE

L’écrivain américain Stephen Chbosky adapte avec ce film son best-seller autobiographique Pas Raccord et revient sur une période marquante : l’entrée d’un jeune homme au lycée vers la fin des années 70. Charlie se sent un peu décalé et isolé lorsqu’il s’agit de trouver ses marques dans cet établissement mais il va très vite commencer à revivre au contact d’élèves de terminale, eux aussi un peu décalés, Sam, cataloguée « fille facile » et son beau-frère (le père de l’un vit avec la mère de l’autre) Patrick, jeune gay extraverti et provocateur.

Si Le Monde de Charlie est sur la forme un teen-movie assez classique avec figures de styles et symboliques un peu déjà vues, il parvient à émouvoir par une sensibilité authentique et des personnages réellement attachant. Le réalisateur, auteur du livre qu’il adapte, réussit son pari de nous faire aimer son personnage central pourtant un peu lisse au début ainsi que ces deux acolytes, qui, très marqués, auraient pu n’être que des caricatures. L’interprétation y est également pour beaucoup : Ezra Miller (déjà vu an ado terrifiant dans We need to talk about Kevin) joue un jeune homo avec conviction et dynamite le film grâce à son caractère assumé (avec apparition en travesti du Rocky Horror Picture Show en prime !), le jeune Logan Lerman est un Charlie charmant et touchant et Emma Watson, la fameuse Hermione Granger de la saga Harry Potter, apporte de vraies nuances à son personnage de jeune fille abîmée par les hommes.

Au final, un petit film agréable, un teen-movie réussi qui ravira les fans de David Bowie …

En salles depuis le 2 janvier.

 

Sorties en salles | 31.12.2012 - 13 h 00 | 2 COMMENTAIRES
L’année cinéma 2012 : mon top 15

Tradition oblige, c’est aujourd’hui l’ultime journée pour publier un classement. Voilà, en bref, les tops de mon année cinéma 2012.

1 – HOLY MOTORS

Pour la beauté du geste.

Léos Carax réinvente le cinéma avec cette fable multiple et surprenante. Des acteurs impressionnants (Lavant, Scob), un jeu de piste passionnant et surtout du cinéma, à l’état brut. A voir, à revoir, …

2 – WEEK END

Pour le réalisme et l’émotion simple.

Andrew Haigh parvient à nous embarquer dans l’intimité de la rencontre entre deux garçons que tout oppose. On est embarqué par le réalisme à l’anglaise et le charisme des deux comédiens. Une réussite incontestable pour un film basé presque essentiellement sur le dialogue.

3 – TABOU

Pour la magie.

Le réalisateur portugais Miguel Gomes nous embarque dans une sublime histoire d’amour dans le Mozambique des colons. Un film en deux parties qui s’installe doucement mais sûrement dans la mémoire. Des images de cinéma d’un autre temps qui réinventent une forme de narration moderne. Une merveille !

4 – LOUISE WIMMER

Pour Corinne Masiero.

Cyrille Meneguin, pour son premier long-métrage de fiction, dresse le portrait d’une femme de tête qui ne lâche rien malgré une vie plus que précaire. Un film porté par une actrice sublime (cantonnée jusqu’ici au seconds rôles plutôt télévisés) et une bande musicale entêtante.

5 – DE ROUILLE ET D’OS

Pour la patte Audiard.

Jacques Audiard creuse son sillon fait d’histoires profondes, de personnages incarnés et de fulgurances visuelles à couper le souffle. Comme toujours, il brasse de nombreux thèmes tout en restant pleinement cohérent à tous niveaux. Après le sublime « Prophète », encore une belle réussite pour l’un des plus grands réalisateurs français.

6 – CAMILLE REDOUBLE

Pour l’effet régressif et le fun.

Noémie Lvosky nous entraîne dans son « Retour vers le futur » à la française avec une belle énergie. Un vrai plaisir que de replonger dans l’adolescence quand on a l’impression d’avoir déjà foiré sa vie. Un bel équilibre entre rires et émotions. Un futur classique.

7 – LAURENCE ANYWAYS

Pour le souffle.

Xavier Dolan parvient, une fois de plus, à nous toucher au coeur. Malgré une esthétique parfois discutable, quelques scènes un peu hystériques, il réalise un beau mélo queer au souffle épique qui gagne à être revu plusieurs fois pour bien en saisir tous les enjeux. Une belle Queer Palm ! (Même si le trophée est toujours sur mon étagère ! Xavier, appelle moi quand tu veux !)

8 – MOONRISE KINGDOM

Pour la maîtrise.

Quand les obsessions esthétiques d’un control freak rencontre un joli sujet de fable intemporelle, on ne peut que se laisser embarquer. Même si le maniérisme et le sens du détail paraît souvent poussé à l’extrême, Wes Anderson a clairement son univers, et c’est un enchantement pour qui a su garder son regard d’enfant.

9 – THE WE AND THE I

Pour la tchache.

Michel Gondry s’était lancé dans un pari audacieux : un huis-clos dans un bus centré sur une bande de jeunes du Bronx le dernier jour de cours. Le pari est réussi avec un portrait de groupe impitoyable, drôle et extrêmement sensible.

10 – TAKE SHELTER

Pour l’angoisse.

Un film qui vous tient en haleine pendant plus de deux heures en se basant sur un personnage qui se croit bipolaire mais est en fait parano, c’est une vraie prouesse ! Bravo à Jeff Nichols !

11 – MILLENIUM : LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES

Pour la maestria.

David Fincher réaffirme avec ce film de commande sa vision froide et numérique du monde qui nous entoure. En se basant sur le grand succès suédois de l’édition, il réalise, une fois de plus un film sur les névroses de notre époque. Brillant.

12 – WALK AWAY RENEE

Pour la sincérité.

Après le choc « Tarnation », Jonathan Caouette revient sur sa propre vie en dressant le portrait de sa mère schizophrène. Un journal intime sincère et émouvant.

13 – ARGO

Pour le vintage.

Surfant sur une histoire vraie incroyable et sur le film vintage sur le mode « Les hommes du Président » (ou plus récemment le sublime « Zodiac » de David Fincher), Ben Affleck réussit un film haletant, passionnant et extrêmement bien maîtrisé. De l’entertainment très réussi.

14 – COSMOPOLIS

Pour le défi.

Malgré toutes les difficultés à adapter le roman de Don De Lillo, Cronenberg explore le monde des « maîtres du monde » avec élégance et intelligence grâce à une mise en scène au cordeau et un Robert Pattinson stupéfiant. Malgré une fin vraiment ratée, la Limo tient la route.

15 – LES INVISIBLES

Pour la parole.

Sébastien Lifshitz donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais eu : les homos nés entre les deux guerres. Malgré quelques velléités lyriques en termes de mise en scène, reste l’essentiel : la parole.

 

 

Festivals et Evénements | 01.10.2011 - 15 h 22 | 0 COMMENTAIRES
CHRONIQUES D’UN JURE LISBOÈTE, EPISODE 8 : EPILOGUE

Enfin l’épilogue de cette série de chroniques lisboètes : au menu, le dernier doc de la sélection, le palmarès et une rencontre avec Beatriz Batarda, membre du jury et  grande comédienne très respectée au Portugal.

Le festival s’est terminé avec la projection, pour la partie documentaires, du très beau film « We were here » de David Weissman qui se concentre sur les témoignages de quatre gays et d’une infirmière qui ont vécu les « années sida » de l’intérieur de la communauté homosexuelle de San Francisco. Courant jusqu’au milieu des années 90, ce documentaire est d’une grande sobriété alignant témoignages bouleversants et pudiques et images (photos la plupart du temps) d’époque. Mais le jury documentaire n’a pas choisi ce film pour l’attribution de son prix. En effet, nous avons décidé de privilégier le point de vue personnel, le côté « journal intime » du film indien  » I am here » de la cinéaste lesbienne et féministe Sonali Gulati (photo ci-contre). Le prix « film de fiction » a été attribué au film brésilien  « Rosa Morena » Carlos Oliveira qui dresse le portrait sans concession d’un gay danois qui vient au Brésil pour tenter d’adopter un enfant. Jouant à fond la carte de l’opposition quasi frontale de la vision d’un européen et de la vie dans les quartiers difficiles du Brésil, le film esquisse de jolis portraits mais s’alourdit d’une fin un peu trop « idéale ».

Le prix du meilleur acteur a été décerné au comédien chilien Roberto Faria pour sa performance dans « My last round » de Julio Jorquera et celui de la meilleure actrice à l’allemande Corinna Harfouch pour son rôle dans « Looking for Simon » de Jan Krüger.
Enfin, le prix du court-métrage, remis à l’issue d’un vote du public, a récompensé un autre film brésilien « I don’t want to go back alone » de Daniel Ribeiro qui raconte avec délicatesse les désirs d’un ado aveugle et qui récolte une note moyenne de 8,7 sur 10 calculée avec les bulletins rendus par le public à l’issue de toutes les projections de court-métrages.

Pour finir en beauté ce très beau quinzième anniversaire du Queer Lisboa Festival, une petite interview de Beatriz Batarda, comédienne portugaise figure la plus célèbre du jury. Souvent récompensée dans son pays, cette actrice enchaîne films indépendants portugais et pièces de théâtre. Elle prépare actuellement le rôle de Carmen dans « Le Balcon » de Genet et prévoit de mettre en scène « Comme vous voulez » de Shakespeare en … 2013. Elle me répond dans un français parfait …

Beatriz, peux-tu te présenter aux lecteurs de Yagg ?

Je suis comédienne sans l’avoir choisi, j’ai fait un premier film à 12 ans avec Joao Botelho puis un autre à 17 ans avec Manoel de Oliveira et depuis, malgré le désir de travailler dans le graphisme que j’ai étudié, j’ai continué à faire des films et du théâtre depuis plus de 20 ans. A 23 ans, j’ai assumé le fait d’être comédienne, je suis « sortie du placard » ! Et j’ai étudié le théâtre à Londres. Sinon j’adore cuisiner et suis une maman dévouée !

Le cinéma, son financement, tout cela est encore un peu compliqué au Portugal, non ?

Oui ! En général, je suis contactée au tout début d’un projet et il est fréquent qu’on me demande un engagement écrit pour aider au financement et solidifier le budget. Le Portugal est un très petit pays avec une population réduite donc un public réduit. Mais c’est un pays idéal pour faire naître des regards d’auteur plus expérimentaux. Mais nous avons besoins d’un état qui s’engage dans l’identité culturelle cinématographique du pays. Cela a toujours été dur, aujourd’hui, c’est effrayant ! On produisait jusqu’à 10, 12 long-métrages de fiction par an, maintenant on est à 3 ou 4 ! Il nous faut donc développer les coproductions, notamment en mettant en avant le fait que le Portugal est un pays idéal pour tourner un film.

Pour ceux qui ne connaissent pas ta carrière, quels films nous conseillerais-tu ?

« Quaresma » (Carême) de José Alvaro Morais (2003), ou « Noite Escura » (Nuit obscure) de Carla Pinto (2004), mais aussi « A Costa dos Murmúrios » (la Côte des murmures) de Margarida Cordoso (2004)  et « Cisne » (Cygne) de Teresa Villaverde qui était présenté cette année au Festival de Venise dans la section « Orrizonti ».

Comment as-tu réagi quand on t’a proposé de participer au jury du Queer Lisboa Festival ?

J’adore les jurys ! Mais souvent je n’ai pas la possibilité de me libérer car je joue au théâtre. Etre ici à Lisbonne, dans la ville où je vis, c’est beaucoup plus facile et j’ai découvert de nombreux films que je n’aurais peut-être jamais vu autrement. J’avais un peu peur que la thématique « queer » limite à un certain type de film mais la sélection était extrêmement variée et réjouissante. J’ai eu de très belles surprises,

Et cela est de l’ordre de l’engagement pour toi ?

Je suis né dans une famille très libre, mon père est peintre et ma mère psychothérapeute, ils ont toujours eu beaucoup d’amis homosexuels et cela n’a jamais été un problème. Ma mère a épousé en seconde noce, un homme en fauteuil roulant, la différence, j’ai grandi avec. Je n’ai pas envie d’exposer un engagement ou de travailler mon image, c’était juste un geste naturel d’être présente ici. Même si je pense que les couples homos doivent avoir exactement les mêmes droits que les couples hétéros, je suis persuadé qu’il y a aussi des modèles à réinventer et pas nécessairement en se calquant sur l’existant. Mais le droit au choix, c’est essentiel !

 

Festivals et Evénements | 22.09.2011 - 14 h 47 | 0 COMMENTAIRES
CHRONIQUES D’UN JURE LISBOÈTE, EPISODE 7 : AMERICAN LIFE

Deux documentaires américains étaient hier à mon programme de juré : l’un sur la transition F to M de Chaz Bono (ex-Chastity Bono, fille de Cher), l’autre sur l’histoire du restaurant Florent qui fit les belles heures des gays et branchés new-yorkais.

« Becoming Chaz » est un documentaire sur un événement qui fait régulièrement la une des émissions et journaux « people » américains. Imaginez ! La fille de « Sonny and Cher » dont chaque américain à suivi la croissance depuis qu’elle est enfant puisqu’elle participait régulièrement au show télé de ses stars de parents, cette petite blondinette souriante aussi mignonne qu’une jumelle Olsen dans « La Fête à la Maison » est en train de devenir un homme !

Le documentaire (qui fait souvent pensé aux reality shows américains consacrés à l’intimité des célébrités) est, bien sûr, extrêmement intéressant parce qu’il se concentre sur une période décisive dans la transition de Chaz : l’opération qui lui retire ce qu’il a de plus visiblement féminin, sa poitrine. Déjà traité avec des hormones depuis longtemps, Chaz est passé de blondinette sexy qui jouait dans un groupe de rock à un « big fat american guy » qui a tendance à devenir un peu agressif et à s’énerver vite, conséquence directe du traitement assez courante. Le film se concentre aussi sur sa relation avec sa partenaire, Jennifer (en photo avec Chaz ci-contre, également accompagnée des réalisateurs du doc), une jeune femme très sensible et très amoureuse qui, elle aussi, fait en quelque sorte, le « grand saut ». Seule ombre au tableau, le fait que Chaz soit extrêmement connu aux Etats-Unis et donc très médiatisé pollue un petit peu le sujet et ses relations avec sa fameuse icone gay de mère paraissent froides, voire inexistantes (Cher témoigne toujours seule sur ce qui semble être un plateau télé et n’apparait presque jamais avec sa famille).

A travers le parcours de Chaz, bien sûr, on ne peux qu’admirer le courage et l’engagement de ce jeune homme aux abords timides mais capable de prendre la parole en public pour défendre la cause des transexuels. (Note technique : Windows n’accepte pas transexuel au masculin ! Grrrr !). Le suivant dans ses activités bénévoles, on découvre une école qui prend en charge les troubles de genre chez les enfants et j’ai également appris que l’on pouvait traiter avant l’adolescence pour éviter le long processus habituel. Cela ne représente que 5mn dans le reportage mais mériterait vraiment de s’y pencher. Cela pose question mais à l’heure où, en France, on discutaille sur l’intérêt d’aborder les questions de genre à l’école, il semble que certains aient pris un peu d’avance ….

Deuxième plongée dans l’ « American life » avec « Florent, queen of the market » ou l’histoire d’un petit français qui ouvre dans un quartier un peu délabré de Manhattan (le « meat market ») le restaurant le plus queer qui soit. L’endroit hyper couru par les gays, lesbiennes, travestis, putes et stars du « show biz » a non seulement été l’un des « hot spots » de la culture queer new-yorkaise pendant 23 ans mais a su profiter de cette notoriété pour être à la fois incroyablement festif (les célébrations du 14 juillet – « Bastille Day » en VO – y étaient phénoménales, jetez un coup d’oeil à l’affiche du film avec Florent en Marie-Antoinette !) mais également militant par le biais d’affichage politique, de participation à la Gay Pride haute en couleur et d’activisme pur (la séance photo pour le magazine « Poz » avec exclusivement des personnes séropositives – dont le boss – nues dans le restaurant est une séquence sublime). Et puis le reportage est génial parce qu’il ya Julianne Moore qui témoigne dedans, alors bon … respect !

Ce soir, dernière séance pour la compétition des documentaires avec le très attendu « We were here« , un autre film américain, qui retrace les grandes heures de la mobilisation gay contre le sida. La projection sera suivie d’un débat, puis de la fête donnée par Sam de « Little Joe » (voir chroniques 6) dans une backroom lisboète !

Festivals et Evénements | 21.09.2011 - 18 h 50 | 2 COMMENTAIRES
CHRONIQUES D’UN JURE LISBOÈTE, EPISODE 6 : I AM, ROMEOS & LITTLE JOE

Un documentaire indien suivi d’une incursion dans la fiction et d’une rencontre avec le créateur de la revue « Little Joe », c’est le programme de cette sixième chronique lisboète.

Jolie découverte dans la compétition des documentaires, « I am » de la réalisatrice Sonali Gulati se penche sur les relations entre les lesbiennes (principalement mais pas exclusivement) et leurs mères. Sonali Gulati revient dans sa ville d’origine, New Delhi après dix ans passés aux Etats-Unis, à l’occasion du décès de sa mère avec qui elle n’a jamais réellement parlé de son homosexualité, de sa compagne. Elle va donc sonder un peu la façon dont cela a pu se passer entre quelques homosexuels et leurs mères dans ce pays où le mariage est plus qu’une institution, un but dans la vie.

Impliquée personnellement et émotionellement dans son sujet, elle parvient à filmer de jolis moments, à obtenir des témoignages sincères, drôles et émouvants, des séquences de comédie pure (quand elle se fait lire les lignes de la main ou se fait prescrire un traitement pour devenir hétéro) et va même jusqu’à raconter son histoire sur le plateau de l’ « Oprah Winfrey » locale.

Ce documentaire simple, à la première personne, est vraiment très réussi dans ce qu’il dit de la société indienne sans la juger et dans ce qu’il a de fondamentalement nécessaire dans le parcours de vie de sa réalisatrice.

Programme peu chargé pour la section « doc », j’ai donc pu faire une petite incursion dans la sélection des fictions et assister à la projection du film allemand « Romeos » (qui fera l’ouverture du festival bruxellois « Pink Screens » en novembre). Un film un peu « teenage romance » sur un sujet passionnant. Le héros du film est un jeune transexuel F to M, Likas, qui se retrouve dans une sorte de pensionnat pendant son service civil. Il y côtoie sa meilleure amie, détentrice de son secret, mais se retrouve malgré lui logé dans le dortoir des filles puisque son état civil ne correspond pas à celui qu’il est, tout comme cette poitrine qui l’encombre et l’empêche de vivre ses amours.

Détail important : Lukas est gay, mais à part une remarque de sa BFF lesbienne (« Si tu aimes les mecs, pourquoi tu ne restes pas une fille ! »), le sujet de la différence entre genre et sexualité n’est que très peu abordé au profit d’une romance un peu convenue. Reste la performance du jeune comédien qui interprète Lukas, Rick Okon, qui est stupéfiant de crédibilité et réussit la prouesse de plaire à la fois aux filles et aux garçons du public majoritairement homo du festival !

La soirée s’est bien terminée puisque j’avais l’honneur d’accueillir les organisateurs et invités du festival ainsi que la presse pour un Queer Palm Cocktail organisé dans mon bar lisboète préféré, « Le Marais », et dans lequel Stéphane et Bruno attendaient la petite troupe avec soupe de champagne et délicieuses pâtisseries « maison ».

A la rencontre des membres du jury

Sam Ashby (Little Joe) : »les gens ont établi une relation personnelle avec la revue »

Petit entretien avec Sam Ashby, juré dans la section « fiction » et créateur de la revue queer et cinéma « Little Joe« , déjà culte dans le milieu des aficionados du cinéma gay.

Sam, parle-nous un peu de toi et de l’idée de créer « Little Joe » ?

Mon métier, c’est graphiste et je l’exerce depuis six ans spécifiquement dans la création d’affiche de cinéma. J’ai créé ma société il y a deux ans et je travaille sur des affiches pour le cinéma indépendant européen principalement. Cela fait longtemps que je pensais à créér un jour un magazine et, un soir de cuite avec des amis, après avoir vu « Flesh », j’ai su ce que je voulais faire : une revue qui parle des films que j’aimais. Le premier numéro est sorti en mai 2010 et il a fallu presque un an et demi pour le mettre en forme. Nous avons mis seulement neuf mois pour le numéro 2 et le numéro 3 sortira cet automne après sept mois de travail.

Et la revue a été très bien reçue !

Oui, c’est incroyable mais les gens ont établi une relation presque personnelle avec la revue. Le premier numéro a été épuisé au bout de six mois. J’ai rencontré des gens du monde entier, des contributeurs. C’est extraordinaire. D’ailleurs pour le numéro 3, j’ai eu la chance d’interviewer Céline Sciamma (NDLA : « Tomboy » est sorti à Londres ces jours-ci) !

Comment lire « Little Joe » quand on vit en France ?

Il n’y a qu’un point de vente, à Paris, chez Yvon Lambert (NDLA : 108, rue Vieille du Temple dans le 3ème arrondissement) mais on peut le commander en ligne sur littlejoemagazine.com. Et, après avoir lancé des projections mensuelles à Londres, nous sommes en train de travailler sur le site pour qu’il ait son propre contenu.

Des projets ?

Je réfléchis en ce moment avec un ami sur l’idée de lancer un magazine sur la musique !

 

 

 

Festivals et Evénements | 20.09.2011 - 14 h 12 | 2 COMMENTAIRES
CHRONIQUES D’UN JURE LISBOÈTE, EPISODE 5 : UNE NOUVELLE EXPRESSION

Ce quatrième jour de festival aura été marqué par un nouveau gimmick, une nouvelle expression qui va faire des ravages chez tout ceux qui verront le documentaire « Shut Up Little Man ! » (Affiche ci-contre).  Ce documentaire sous-titré « an audio misadventure » se penche sur une histoire drôle (à hurler de rire parfois !) et tragique. Je vous la fait courte : deux potes de lycée viennent s’installer à San Fransisco et découvrent avec effroi que leur deux voisins passent leur temps à picoler et à s’engueuler. Eddie et Mitch prennent alors l’habitude d’enregistrer les engueulades hautes en couleur de leurs voisins Raymond Huffman, homphobe convaincu et Peter Haskett, folle qui ne manque pas répondant et auteur du désormais célèbre « Shut Up Little Man ! » (Message personnel : ceux qui me connaissent n’ont pas fini de m’entendre leur fermer le clapet avec le nouvelle expression favorie !). Célèbre en effet, puisque les enregistrements vont devenir le premier buzz viral de la pop-culture et de l’ère pré-internet. Les cassettes font le tour des Etats-Unis et « Shut Up Little Man! » devient une BD, un spectacle de théâtre. Trois projets d’adaptation seront même lancés dont l’un aurait vu s’affronter dans les rôles principaux Brando et Nicholson. La première partie du doc est vraiment réussie et provoque de nombreux éclats de rire mais la deuxième entre dans les problèmes de droits, de copyright, du business occasionné par ces enregistrements et le tout perd un peu de son charme. Ajoutons à cela un regard un peu complaisant sur ces pauvres bougres et leur « relation » supposée et un faux suspense sur la sexualité des deux étudiants-auteurs des enregistrements et vous aurez au final, un objet documentaire un peu inégal. Mais resteront les phrases savoureuses de ces « fights » verbaux quotidiens : « If you wanna talk to me, shut your fucking mouth up !

Moins surprenant le deuxième doc de la journée est consacrée à la prostitution masculine autour de la gare de Berlin. « Die Jungs Vom Bahnhof Zoo (Rent Boys) » est une réalisation de Rosa von Praunheim, célébré dans les festivals queer du monde entier. Malheureusement, comme très souvent dans les documentaires sur la prostitution, ne témoignent que des personnes (en l’occurrence, ici, des garçons) contraintes d’exercer ce métier (enfants battus, immigrés précaires, junkies, …) ce qui me semble toujours relativement réducteur. Seule originalité du propos : les témoignages de clients qui apportent un éclairage nouveau rarement observé sur le sujet.

A la rencontre des membres du jury

Claudia Mauti (Mix Milano Festival) : »je suis une lesbienne professionnelle »

J’avais promis de vous en dire un peu plus sur mes co-jurés, voici donc quelques mots échangés avec Claudia Mauti du festival « Mix Milano », membre du jury « documentaires » du Queer Lisboa Festival. Petite interview réalisée dans une langue propre aux rencontres festivalières qui jongle entre français, italien et anglais !

Peux-tu nous parler de toi, Claudia ?

J’ai 40 ans, je vis à Bologne où je suis arrivée quand j’avais une vingtaine d’années parce que le mouvement gay et lesbien y était plus important et que je souhaitais m’investir. C’est pourquoi je dis toujours que je suis une lesbienne professionnelle car tout ce que j’ai fait a toujours été lié à la communauté ! J’ai travaillé au centre LGBT, à la bibliothèque LGBT, comme DJ dans des soirées lesbiennes, et j’ai débuté comme traductrice en 1997 pour le festival gay et lesbien de Milan. Je suis maintenant programmatrice de ce qui s’appelle désormais « Mix Milano » , je continue à mixer et j’ai une émission de radio sur la musique. Je vis encore comme une adolescente !

Tu es ici comme membre du jury pour les documentaires, qu’est-ce qu’un bon documentaire pour toi ?

J’aime les documentaires qui sont un bon moyen de parler du passé, des problèmes et des luttes de la communauté et également de rencontrer des personnages et des situations. Je pense qu’un documentaire demande plus d’attention qu’une fiction. Sa longueur parfaite se situe entre 57 et 62 minutes (rires …). J’aime les contenus politiques sur les droits car même si nous vivons dans un monde occidental, nous avons encore des combats à mener et des questions à se poser ! J’aime beaucoup les docs sur les personnages lesbiens car l’homosexualité féminine a souvent vécu dans l’ombre. Je crois que c’est très difficile de réaliser un documentaire : on doit sélectionner, être un bon monteur, assembler images, mots et musique, réussir à donner le temps pour assimiler le sujet et parfois, cela n’apparait pas vraiment s’il y a trop de parole et pas assez de narration.

Tu as quelques exemples de documentaires qui t’ont plu ces dernières années  ?

J’ai beaucoup aimé « Lagerfeld Confidentiel » (NDLA : documentaire de Rodolphe Marconi, 2007) parce que j’y ai vraiment découvert un personnage. Pour le contenu « émotionnel », j’ai aimé « Edie & Thea » (NDLA : sous-titré  » A very long engagement », c’est l’hsitoire d’un couple lesbien new-yorkais sur plus de 40 ans, le doc réalisé en 2009 par Susan Muska et Greta Olafsdottir a reçu de nombreux prix dans le monde).

Festivals et Evénements | 19.09.2011 - 22 h 39 | 2 COMMENTAIRES
CHRONIQUES D’UN JURE LISBOÈTE, EPISODE 4 : DES RENCONTRES

Un documentaire est réussi quand on a vraiment l’impression de faire une rencontre, d’avoir côtoyé pendant un moment une personne qu’on ne connaissait pas et dont on gardera un bon souvenir. Alors en ce troisième jour de festival, j’ai rencontré Miwa. « Miwa, A japanese icon » (photo ci-contre), c’est le documentaire du Pascal-Alex Vincent qui dresse le portrait de cet artiste travesti japonais aux multiples facettes. Dans le désordre, Miwa a :

–          Joué des rôles de femmes fatales dans des séries B

–          Eté le premier artiste japonais à parler de son homosexualité

–          Doublé la sorcière dans « Le Château Ambulant » de Miyazaki

–          Interprété le rôle d’Edith Piaf dans un spectacle

–          Chanté la première « protest song » japonaise dédiée aux ouvriers

–          Fréquenté de près Mishima

Le documentaire-portrait visionné ce jour est donc ,à plus d’un titre vous l’aurez compris, passionnant. Vous pourrez en découvrir la version « director’s cut » (différente de celle présentée ici) au Festival Chéries Chéris le mois prochain à Paris.

Côté rencontres, le documentaire « Goddesses (We believe we were born perfect ) » de Sylvie Cahin tient également ses promesses. Partie pour enquêter sur le matriarcat en Afrique du Sud, la réalisatrice suisse a surtout suivi son instinct et son intérêt pour les femmes qu’elle y a rencontrés : Une chorégraphe talentueuse qui lutte contre le machisme, une activiste engagée auprès des lesbiennes victimes de « viols correctifs », de vieilles femmes « Khoi-San » qui perpétuent les traditions de ce peuple historiquement le plus ancien du pays (et, dit-on, du monde), ou encore une historienne, biographe de la « Venus Hottentote », Sarah Baartman (celle dont parle Abdelatif Kechiche dans « Venus Noire », sorti l’année dernière sur les écrans). A travers un questionnement sur les effets de la colonisation et de la décolonisation, se dresse au fil des témoignages un portrait de la femme noire sud-africaine d’hier et d’aujourd’hui, avec, à la clé, de très jolies scènes (les dialogues entre les « Khoi-San », les extraits de chorégraphies et de cours de danse, …) et un regard emprunt d’un profond respect.

La journée de festivalier a été riche puisque j’ai pu assister également à une représentation théâtrale de « Silenciados », une pièce chorégraphiée espagnole qui raconte en l’histoire de cinq hommes assassinés à cause de leur orientation sexuelle : un « triangle rose » d’Auschwitz, un activiste mexicain, une transexuelle guatemaltèque, … L’ouverture du spectacle de cette troupe madrilène est assez bluffante, les personnages percent peu à peu une bâche de plastique qui les recouvre figurant une forme de renaissance visuellement très réussie. C’est très agréable dans un festival de cinéma de pouvoir assister à un spectacle vivant et cette performance « live » très musicale, grave et drôle, a connu un joli succès.

J’avais promis de vous en dire un peu plus sur mes co-jurés, donc promis demain, je vous présente Claudia Mauti du festival « Mix Milano ». Le mystère de notre troisième juré est résolu ! Le réalisateur Miguel Gonçalves Mendes étaient très occupé ces derniers jours, son documentaire « José & Pilar » est proposé en sélection pour les Oscars ! On y revient dès demain. Je dois filer puisque tout le staff du festival et les invités ont rendez-vous dans la célèbre boîte le « Finalmente » pour assister au légendaire show travesti de 3h du matin.

Festivals et Evénements | 18.09.2011 - 13 h 12 | 3 COMMENTAIRES
CHRONIQUES D’UN JURE LISBOÈTE, EPISODE 3 : LA COMPETITION COMMENCE

Ca y est, c’est parti, la compétition a commencé. Pour la partie qui m’intéresse, les documentaires, j’ai vu deux films hier en compagnie de ma « collègue » juré pour cette section, Claudia Mauti, la programmatrice du festival « Mix » de Milan. Notre troisième larron pour les docs n’a encore pas fait son apparition …

Premier film de notre sélection de 10 documentaires : « Frauenzimmer » (« Silver Girls ») est un doc allemand sur trois femmes d’âge mûr qui travaillent comme prostituées à Berlin. Si le style du film ne s’éloigne pas d’un certain classicisme télévisuel, les trois femmes choisies permettent d’avoir une vision intime de ce que peut être la prostitution choisie. Les trois profils sont assez différents : l’une est un peu « mémère » et ressemble fortement à Danielle Mitterrand, la seconde est une lesbienne est-allemande qui a notamment connue la violence de la prison après une tentative ratée de passer à l’Ouest et la troisième est une dominatrice très « grande bourgeoise ». La réalisatrice s’intéresse à leurs parcours, leur vision du métier mais ne va pas au-delà de ces portraits de femmes assez convenus. Un reportage pas inintéressants mais sans grande envergure d’un point de vue cinématographique. C’est à peu de choses près le contraire du film que nous avons vu juste après.

« Poo Kor Karn Rai » (« The Terrorists ») est beaucoup plus « expérimental » (affiche ci-contre). Le réalisateur thaïlandais Thunska Pansittivorakul nous parle de l’histoire de son pays notamment des sévères répressions policières de 2010. Le film très « arty » part un peu dans tous les sens et joue la carte de l’homoérotisme mélangeant le désir démocratique avec le désir sexuel. On commence avec des pêcheurs, des ouvriers, avant d’arriver aux scènes d’émeutes de 2010. Entre ces séquences assez brutes, se glissent quelques épisodes de « branlette » qui viennent un peu polluer le propos de par leur durée et le côté voyeur (bondage, masturbation avec les pieds, séquence d’exhib de jeunes hommes très « en forme »…). C’est intéressant, ça a toute sa place dans un festival queer, c’est une découverte vraiment originale mais c’est un peu longuet et répétitif et, pour tout dire, je me suis profondément ennuyé …

Après un brunch « officiel » très agréable au Kaffehaus, un bar « bobo » autrichien de Lisbonne, deux autres docs sont au programme ce soir : « Miwa, a japanese icon » du réalisateur français de « Donne-moi la main », Pascal-Alex Vincent (qui sera également présenté à Paris dans le cadre de « Chéries, Chéris » et « Godesses », un documentaire tourné en Afrique du Sud par la réalisatrice suisse Sylvie Cachin qui est présente à Lisbonne pour la projection de son film et dont je suis impatient de découvrir le travail.

 

 

 

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